On avait un roadbook, un itinéraire tout tracé, et la ferme intention de le suivre. Rien ne s'est passé comme prévu — et c'est exactement pour ça qu'on a adoré.
Voilà. On l'a fait. Notre premier vrai voyage avec Hope. Pour ceux qui nous découvrent : Hope, c'est notre Hilux — un pick-up qui se prépare lentement pour une aventure bien plus grande. Mais ça, on y reviendra. Pour l'instant, laissons les Pyrénées parler.
La météo décide à notre place
Départ du Sud-Est de la France, direction le piémont pyrénéen côté méditerranéen. Le projet : relier la mer à l'océan par un maximum de pistes dans ce massif frontalier. On avait tout prévu — le roadbook, les étapes, les spots repérés.
La météo, elle, n'avait pas été consultée.
Vent, pluie, températures d'altitude : en quelques heures, tout notre programme part à la poubelle. On improvise. On rejoint de la famille, à 450 kilomètres de notre prise de décision. Hope roule bien, Hope est confortable — on arrive à l'heure pour l'apéro, sans même être fatigués. Premier enseignement du voyage.
La vallée de Pineta, et l'absent
Le lendemain, beau fixe. On part explorer la vallée de Pineta — le verso du cirque de Gavarnie, moins connu, infiniment plus calme. La neige est encore là en altitude. Les pistes d'off-road reprennent leurs droits, les sentiers aussi.
C'est notre premier voyage sans Zouk. Il est ailleurs — et pourtant il est partout. On se remonte le moral comme on peut, on se forge de nouveaux espoirs. On en reparlera.
Le soir, on rentre au camp la tête pleine d'images, qu'on verse au resto avec toute la troupe. On se souvient du Nord, on entame le patois et les chansons qui vont avec. Ces moments-là ne s'inventent pas.
Canyon fermé, piste ouverte
Le lendemain matin, nouvelle déconvenue : le canyon d'Añisclo — un incontournable de la région — est fermé. Tant pis. On avait repéré une piste qui longe la limite d'un parc national. On la prend, sans trop savoir ce qu'elle nous réserve.
Elle nous offre bien plus qu'on ne l'imaginait.
Une vue à l'arrêt. Une balade improvisée. Un coucher de soleil qui s'étire. Et un bivouac de rêve, dans le plus grand respect des règles — parce qu'on y tient. Au matin, quelques baroudeurs émergent aussi. On échange, on se dit qu'on a de la chance. On le pense vraiment.
On savoure sans consommer. On prend le temps — et le temps le sait.
Pistes, vieilles pierres et rivière turquoise
On repart avec l'envie intacte. Le décor se transforme — plus minéral, plus chaud. De vieilles pierres, un temple bouddhiste inattendu, un moulin à huile. Un pont. Et puis un lac alimenté par une rivière dont la couleur est tout simplement incroyable — ce bleu-vert qui n'existe que dans les coins où personne ne traîne.
On suit les berges sur les hauteurs. On ne voulait pas faire demi-tour, mais la pluie finit par décider pour nous. Un souvenir de plus.
La Sierra de Guara, presque seuls
Un parc : la Sierra de Guara. Un village aux couleurs magnifiques. Une balade familiale balisée qu'on craignait bondée — il est tard, et on se retrouve presque seuls sur les aménagements qui surplombent la vallée. Un point de vue surprenant pour une mise en bouche.
Ce soir-là, on loge en camping — dans ce coin, les spots de bivouac se méritent, et on ne prend pas le risque de sortir des règles. Mais on a trouvé notre rando du lendemain. C'est décidé.
Vingt kilomètres pour en prendre plein les yeux
Boucle de vingt kilomètres. Sous-bois, rocailles, rivières, cascades, un peu de vertige, des arches. Plein les yeux, sans limites. On adore l'endroit.
On repart fatigués. Comblés. Totalement en dehors de notre programme — et c'est exactement là qu'on voulait être.
Pistes engagées et fracture de la rétine
Le seul plan désormais, c'est de profiter. Ce jour-là, des pistes plus engagées nous attendent. On serre les fesses. On touche. On casse un peu. Mais on apprend beaucoup — sur le véhicule, sur nous.
Et puis, à un carrefour, on tourne à droite au lieu de gauche. Plus de mots.
Un point de vue à couper le souffle — une fracture de la rétine, comme on dit. Je prends la photo. J'en profite même pour prendre une douche — la plus belle salle de bain dont j'aurais pu rêver, avec vue sur trois sommets. Bivouac de folie.
On se rapproche pourtant de la frontière, synonyme du trajet retour.
Bardenas, crevaison, et une photo de Maloya
On continue par pistes et routes jusqu'au désert des Bardenas. Une crevaison en pleine recherche de spot. Une petite tension dans le couple — la fatigue, la pression, cette envie irraisonnée de continuer à vivre comme ça pour toujours.
Les Bardenas nous déçoivent un peu — ou peut-être qu'on ne s'est pas donné les moyens de bien les découvrir. On fait quand même de belles photos.
Et dans la journée, on en reçoit aussi. Des photos de Maloya. Maloya, c'est le chiot border collie qu'on doit adopter ce lundi. Le voyage touche à sa fin — mais on sait déjà qu'on part vers autre chose. Dans quelques jours, notre groupe sera au complet, tel qu'on l'avait imaginé. On va passer du rêve à la réalité.
Le cirque de Gavarnie, et les marmottes
On passe la frontière plus tôt que prévu, mais on se réserve encore quelques surprises. Le cirque de Gavarnie est bondé — on monte vers un col, le parking est plein. Cette vie de voyageurs a ses hauts et ses bas — on ne peut pas toujours avoir des spots Instagram.
Et puis, comme poussés par une force qu'on ne comprend pas toujours, on tourne sur un chemin repéré en montant. Des rencontres. Des infos glanées. On les écoute.
Il reste du rhum et des citrons verts. On aura encore une terrasse magnifique pour l'apéro. Des marmottes partout autour de nous. Je suis contemplatif comme je ne l'ai pas été depuis longtemps. Pour la première fois depuis des années, je sens le temps prendre soin de moi.
Je savoure chaque instant, en me disant que ce n'est qu'un début.